In Interiors – « Les freins à l’économie circulaire dans un projet d’aménagement d’espaces de travail » par Nicolas Cochard et Joanne Peirani

mars 2020

Le 11 février dernier, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire a été publiée au Journal Officiel, Elle est l’aboutissement de la feuille de route économie circulaire fixée par le gouvernement avec la volonté de repenser la linéarité économique.

L’économie circulaire se définit comme « un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources ainsi que la production des déchets » [1].

L’économie circulaire a toute sa place dans les projets d’aménagement d’espaces de travail car beaucoup de matériaux et équipements sont potentiellement réutilisables. Mais la volonté ne suffit pas et les freins sont réels. Nous en avons identifié cinq.

 

Connaissance et sensibilisation encore émergentes

De plus en plus de maîtres d’ouvrage sont désireux de mettre en œuvre une démarche environnementale dans leurs projets, par la recherche d’une certification notamment. Mais l’économie circulaire est encore assez méconnue et il n’est pas simple de savoir comment la traduire concrètement dans un projet d’aménagement. Un cadrage doit permettre de bien identifier les besoins du maître d’ouvrage en fonction du contexte du projet et des caractéristiques du site. Le niveau d’ambition et de connaissance du maître d’ouvrage posera alors les bases de la faisabilité et de la stratégie d’accompagnement, nécessairement personnalisée.

 

Comportements difficiles à faire évoluer

Les réticences au changement sont encore fortes, côté maîtrise d’ouvrage comme côté prestataire. La gestion des déchets sur un chantier est un bon exemple car le sujet n’est pas simple. Dans le cadre d’une démarche économie circulaire, la question des déchets amène à repenser globalement le process du chantier et les freins techniques et économiques empêchent les comportements d’évoluer. Quand le gain économique n’est pas évident, quand la démarche est contraignante, les comportements évoluent peu ! Il convient alors de sensibiliser l’ensemble des parties prenantes sur les bonnes pratiques à adopter, les opportunités offertes mais aussi les exigences légales. Le frein ne devient opportunité que lorsqu’il n’est plus du tout contrainte.

 

Retards juridiques et assurantiels

Beaucoup de matériaux sont exclus du réemploi du fait d’un manque d’adaptation de la règlementation alors que beaucoup pourraient y être techniquement éligibles et prolonger ainsi leur cycle de vie. De plus le manque d’assurance et de garantie de certains équipements ou matériaux peut contraindre le réemploi, notamment au niveau de la décennale. En 2016, l’ADEME admet que « les plateformes ou ressourceries dédiées aux matériaux et produits de construction peinent à placer les produits auprès des professionnels ». Le cadre juridique doit accompagner les ambitions politiques et le législateur doit le faire évoluer.

 

Mise en œuvre contraignante

Nous observons deux cas de figure dans la mise en œuvre des projets. Le premier concerne la recherche de matériaux sur le marché du réemploi. La réutilisation des matériaux de construction ou d’aménagement nécessite un effort supplémentaire chronophage et un peu fastidieux. Il faut en effet vérifier la disponibilité des produits, leur quantité et leurs caractéristiques. Il est alors important d’évaluer si le temps supplémentaire nécessaire peut être compensé par le gain sur les prix des matériaux et surtout que la démarche ne vient pas alourdir le budget ! Le deuxième cas concerne la possibilité que nous avons à l’issue d’un diagnostic-ressources de réutiliser un certain nombre de matériaux sur site directement. Mais les matériaux et équipements évoluent vite et l’obsolescence est peu compatible avec le réemploi. Chaque projet est donc pour l’instant soumis à la règle pragmatique du cas par cas.

 

Marché encore balbutiant

Toute pratique nouvelle nécessite un temps d’adaptation du marché. Certes, des plateformes de réemploi s’organisent mais le volume et le choix des matériaux ne sont pas encore suffisants pour inciter les maîtres d’œuvre à y avoir recours naturellement. Le temps d’un projet d’aménagement est contraint et la démarche économie circulaire ne doit pas ajouter de la contrainte. Mais sa généralisation devrait conduire naturellement à une offre plus abondante de matériaux, laquelle développera la demande. La demande sociétale liée à l’environnement devrait permettre d’accélérer le processus.

L’heure est encore aux prémices mais l’économie circulaire ouvre de vraies opportunités d’inscrire concrètement la durabilité dans un projet bâtimentaire, y compris dans sa dimension intérieure. Il reste aux acteurs d’un projet à dialoguer et d’agir à leur échelle…

[1] Ministère de la Transition écologique et solidaire

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Nicolas Cochard est Responsable R&D au sein du Groupe Kardham, il anime la cellule R&D du groupe destinée à approfondir les connaissances et les réflexions relatives aux environnements de travail à toutes les échelles. Docteur en histoire contemporaine, il a passé 13 années comme enseignant en histoire-géographie dans le secondaire, le supérieur et en milieu pénitentiaire. Parallèlement, il a mené des travaux de recherche en histoire et géographie sociale durant dix ans.

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Diplômée en Gestion et Droit de l’Urbanisme, Joanne Peirani développe ses compétences en économie circulaire au sein du Pôle Ingénierie pendant un an où elle a également participé à la labellisation OsmoZ du nouveau siège social de Kardham par Certivéa. Joanne a intègré définitivement le Pôle Conseil en 2019 en tant que cheffe de projet AMO Développement Durable et s’occupe des problématiques de développement durable sur les projets du Groupe Kardham.