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Au-delà de la machine à café : comment faire équipe malgré la distance ?

Janvier 2022

L'expert

Expert - Suzy Canivenc

Suzy Canivenc

Docteure de l’université Rennes 2

Enseignante-chercheuse en communication et management

Chercheuse associée à Mines Paris-Tech-Chaire Futurs de l’industrie et du travail

La crise du Covid n’en finit plus et continue d’interroger les collectifs de travail. Malgré plusieurs mois d’expérimentation forcée du télétravail, nombre de questions demeurent, notamment celles ayant trait à la préservation du collectif malgré la distance. Et si cette question nécessitait de revoir certains préjugés bien ancrés et forgés par des décennies de travail sur site ? Telle est l’ambition de l’ouvrage écrit par la Chaire Futurs de l’Industrie et du travail de Mines Paris Tech : Le travail à distance dessine-t-il le futur du travail ?

Le travail collectif est-il possible à distance ?

Notre habitude de travailler à 100 % sur site semble nous faire abusivement confondre co-présence et coopération. C’est ce que montre une étude réalisée en 2009 auprès de 80 équipes de développement de logiciels réparties dans 28 laboratoires du monde entier[1]. Elle a révélé que les équipes situées dans un même bâtiment mais à des étages différents pouvaient être moins performantes que les équipes dispersées sur une même ville, un même pays ou un même continent. Pour une raison simple : les premières ont tendance à sous-estimer les obstacles à la communication et à la collaboration, là où les secondes y sont beaucoup plus attentives et travaillent à structurer leurs process organisationnels (organisation et suivi des tâches, communication formelle) et socio-affectifs (entraide et cohésion, communication informelle).

Ainsi, la coprésence physique dans une même pièce, même dotée d’une machine à café, n’assure en rien la coopération des individus. Cette dernière nécessite un travail organisationnel réfléchi qui ne se satisfait pas des pouvoirs magiques attribués à la proximité spatiale.

 

Le collectif de travail peut-il se maintenir à distance ?

Dans le même esprit, la proximité physique n’a pas grand-chose à voir avec la proximité relationnelle et le lien social. Ces derniers se nourrissent avant tout d’une identité commune et de références partagées au niveau social et cognitif.

Les recherches en sciences humaines ont amorcé le virage dès les années 1970, époque à laquelle on assiste à « une remise en question des conceptions classiques des groupes sociaux impliquant nécessairement la coprésence et la proximité spatiale entre les membres » au profit d’une conception « sociocognitive du groupe »[2]. Ainsi, être proche physiquement n’implique pas nécessairement d’être proche émotionnellement. Un voisin de palier (ou de bureau) exécrable en est une bonne preuve ! A cet égard, le travail à distance semble d’ailleurs permettre à certains salariés d’échapper aux situations conflictuelles[3] et d’atténuer les divergences[4] avec leurs collègues.

Une enquête menée suite au premier confinement a ainsi révélé que 72 % des salariés français interrogés estimaient que leurs relations avec leurs collègues s’étaient améliorées[5].

*****

Autant d’études qui nous encouragent à revoir certaines de nos conceptions du travail collectif et du lien social en entreprise. Comme on le voit, ces recherches sont loin d’être nouvelles et il est plus que temps d’en tirer les conclusions qui s’imposent. L’organisation du travail à distance, et dans son sillage celle du travail hybride, nécessite de revoir nos conceptions organisationnelles et managériales. A n’en pas douter, les recherches en sciences humaines et sociales peuvent aider les dirigeants et managers dans leur réflexion.



[1]SIEDBRAT F., HOEGL M., ERNST, H. (2009), « How to manage virutal team », MIT Sloan Management Review, 1er juillet 2009. https://sloanreview.mit.edu/article/how-to-manage-virtual-teams/

[2]MICHINOV, E. (2008), « La distance physique et ses effets dans les équipes de travail distribuées : une analyse psychosociale », Le travail humain, vol. 71, no 1, pp. 1-21. https://www.cairn.info/revue-le-travail-humain-2008-1-page-1.htm

[3]DIARD, C., HACHARD, V. (2021), « Mise en œuvre du télétravail : une relation managériale réinventée ? ». Annales des Mines - Gérer et comprendre, vol. 144, no 2, pp. 38-52. https://www.cairn.info/revue-gerer-et-comprendre-2021-2-page-38.htm

[4]ROSANVALLON, J (2006), « Travail à distance et représentations du collectifs de travail ». Revue Interventions Économiques, 2006, vol. 34. https://journals.openedition.org/interventionseconomiques/706

[5]Étude Vanson Bourne pour Vmware, « The New Remote Work Era : Trends in the Distributed Workforce », 2020. https://fr.insight.com/content/dam/insight-web/fr_FR/images/2020/10/655785_WW_21Q3_GLB_CONTSYND_MULTI_CTA_DW_FRW_ENGLISH_REG_20220918_UPDATED.pdf . Enquête menée auprès de 5700 responsables RH, informatiques et dirigeants dans 12 pays (Allemagne, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Espagne, France, Italie, Norvège, Pays-bas, Russie, Pologne, Royaume-Uni, Suède) de juin à juillet 2020.

Date de parution : Vendredi 21 Janvier 2022

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