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Comment améliorer la performance environnementale grâce à ses employés ?

Novembre 2022

L'expert

Expert - Virginie Francoeur

Virginie Francoeur

Professeure de changement organisationnel, département de mathématiques et de génie industriel à Polytechnique Montréal

S’il est admis que les entreprises ont un rôle à jouer à leur échelle dans l’amélioration de leur performance environnementale, la recherche a montré qu’il ne suffit pas de mettre en place des pratiques organisationnelles pour inciter les employés à s’engager dans l’écologisation. 

En effet, si les politiques et pratiques de gestion environnementale sont une condition nécessaire à l’instauration d’un contexte de travail tendant vers la viabilité écologique, elles ne sont pas suffisantes en elles-mêmes pour induire les comportements recherchés chez les employés. Autrement dit, la présence d’une pratique environnementale n’entraîne pas systématiquement l’adhésion des individus ni un changement de leurs habitudes dans leur cadre de travail.
La participation et la mobilisation d’une majorité d’employés sont alors cruciales. L’adoption de comportements écoresponsables influence la performance environnementale des organisations. L’étude que nous avons réalisée révèle qu’il est essentiel d’assurer un empowerment – ou une responsabilisation, des employés et de les soutenir dans leurs efforts (via le management, l’organisation ou les deux).

On peut dans un premier temps définir ce que sont les comportements écoresponsables.
Il s’agit d’un ensemble de comportements et d’actes s’inscrivant dans une perspective durable. Il existe deux types de comportements écoresponsables dans une organisation : dans l’accomplissement des tâches quotidiennes des employés (ex. : réduire l'impression de documents de travail, éteindre le matériel informatique dans les locaux inoccupés, etc) ou dans l’accomplissement volontaire de tâches sortant du cadre de travail (covoiturage, limiter les ustensiles jetables…).
La question est de savoir quelles sont les conditions essentielles qui conduisent les employés à agir de manière écoresponsable dans leurs tâches quotidiennes et comment elles interagissent entre elles.

Une étude a été menée avec Pascal Paillé, Professeur à Neoma Rouen en France. Des données issues de questionnaires complétés par des employés du secteur privé canadien ont été analysées par une méthodologie mixte : quantitative et qualitative. Trois dimensions ont été étudiées, soit le soutien de l’organisation, le soutien du manager, l’empowerment des salariés. Concernant ce dernier point, quatre composantes sont concernées : la compétence, le sens du travail, le pouvoir de décision, l’impact.

Les enseignements que l’on peut tirer de cette étude sont multiples. L’adoption des comportements écoresponsables dans les tâches quotidiennes est facilitée d’une part lorsque les employés ressentent que le soutien du manager ou de l’organisation leur donne un pouvoir de décision sur leur action avec, par conséquent, un renforcement de l’empowerment et d’autre part lorsque plusieurs sources de soutien se renforcent mutuellement pour encourager les employés.
Il est alors possible d’établir quelques recommandations pour les organisations. Il convient d’abord de construire une culture organisationnelle qui soutient des échanges de qualité, moteurs de l’action collective. Cela permet le partage des mêmes valeurs et la mise en place d’actions concrètes mais aussi la génération d’un sentiment de réciprocité supérieur à la relation économique contractuelle.
Ensuite, le développement d’un soutien social issu de référents de l’écologisation est une bonne solution car cela permet non seulement d’apporter de l’aide aux employés sous différentes formes (matérielle, informationnelle ou sociale) mais aussi de montrer une cohérence entre le discours pro-environnemental et la vie quotidienne de l’entreprise.
Enfin, miser sur un renforcement de l’empowerment est souhaitable pour assurer un transfert de compétences essentielles pour modifier les comportements. On veillera bien sûr à mettre à jour ces connaissances et compétences.

Les trois niveaux hiérarchiques de l’organisation doivent alors jouer leur rôle. Le soutien des dirigeants dans la transformation organisationnelle par la mise en place et la diffusion de valeurs pro-environnementales est indispensable. Le rôle des managers est ensuite central dans la mesure où ils doivent être des relais pour mobiliser l’ensemble des collaborateurs. Ces derniers doivent bénéficier de la confiance pour agir conformément à la volonté hiérarchique mais avec autonomie.

Une expérience a été menée par deux chercheurs, Amanda Carrico et Manuel Riemer, aux États-Unis, consistant à donner une formation sur les économies d’énergie aux employés d’une tour de bureaux. Une culture de l’échange a été favorisée afin de permettre de communiquer ses bonnes pratiques à ses collègues et d’offrir de la rétroaction. Un retour d’expérience a été mené, indiquant une baisse de 7% de la consommation d’énergie.


Ce texte est une synthèse de l’article : Paillé P., et Francoeur V. (2022) : “Enabling employees to perform the required green tasks through support and empowerment”, Journal of Business Research, 140, 420-429.
On consultera également l’ouvrage Francoeur, V., et Paillé, P. (2022) “Green Behaviors in the workplace: Nature complexity and trends”, Springer Nature (collection Palgrave Mac Millan).

Date de parution : Novembre 2022

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